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[Tribune] CoworQueer, pour un espace de travail safe à Nantes

Date de publication

19 mars 2021

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Lorsque l’on fait partie de minorités de genre ou que l’on a une orientation sexuelle et/ou affective différente de la majorité, le monde du travail est plus difficile d’accès et peut être excluant et maltraitant au quotidien. Discriminations à l’embauche, harcèlement moral, exclusion des espaces conviviaux et placardisation sont encore des pratiques trop courantes qui provoquent la précarité et l’isolement des personnes LGBTQI+, une situation encore aggravée par la pandémie.

Les LGBTQI+ et le travail : une relation complexe

Le milieu professionnel est le théâtre de nombreuses agressions LGBTQI+phobes qui sont pour la plus grande partie le fait des collègues ou employeurs. Evidemment, pour l’expérimenter, il faut d’abord être embauché, ce qui est d’autant plus complexe lorsqu’on est LGBTQI+. Mais l’espace public n’est pas plus sécuritaire pour ces communautés. Le contexte nantais s’ajoute ici comme poids supplémentaire car les espaces publics de visibilité sont régulièrement dégradés (les marches des fiertés et le centre NOSIG). Être LGBTQI+ nous expose, à Nantes, à toutes sortes d’agressions quotidiennes, que ce soit dans la rue ou au travail, quand on a la chance d’en avoir un. Ce vécu est spécifiquement dégradé pour les personnes trans, inter et plus généralement les personnes dont l’expression de genre n’est pas conforme à la norme.


Le passing et l’administratif : un quotidien encore complexifié pour les personnes trans

Le rapport de la DILCRAH nous apprend que les possibilités d’accès à l’emploi et au logement sont très limitées pour les personnes trans et non binaires. Ne pas subir de discriminations dans le milieu professionnel relève encore de l’exploit pour ces personnes (harcèlement, discrimination à l’embauche, tentatives de renvoi…), ce qui a pour conséquence de les marginaliser professionnellement. Pour remédier à cela, le Défenseur Des Droits a défini une série de recommandations comprenant notamment l’accès à des lieux en non-mixité pour les personnes trans.

“Mon état civil n’est pas accordé avec mon identité de genre, ce qui peut amener des outings forcés.” (Femme trans, 21 ans, animation culturelle)


Santé et sociabilité : les grands absents des LGBTQI+

La vie professionnelle est le premier espace de sociabilité chez les français·es. Sauf pour les LGBTQI+, pour qui l’accès aux moment dits “off” de la vie d’entreprise n’est pas simple : “c’est en grande partie pour cela que j’ai décidé de travailler en indépendant·e, je n’ai plus à choisir entre faire un coming out à chaque fois que je rencontre une nouvelle personne ou rester dans le placard ad vitam æternam.”. Beaucoup d’entre nous doivent choisir entre cacher leur identité de genre ou leur orientation ou subir des discriminations quotidiennement. Le choix est vite fait et la santé mentale en subit les conséquences. De plus, les espaces de santé de la vie professionnelle peuvent eux aussi reproduire ces modes de fonctionnement qui finissent d’éloigner ces communautés des milieux du soin.


L’isolement : cause et conséquence de la précarité

Les jeunes LGBTQI+ et notamment les personnes trans subissent régulièrement des discriminations à l’embauche, qui entraînent nécessairement une précarité financière. Cette non-employabilité ajoutée aux risques forts de discriminations dans les entreprises pousse régulièrement vers des métiers indépendants pour subvenir à ses besoins. Les ressources limitées entraînant un accès au logement complexe, avoir un endroit chez soi pour travailler n’est pas évident pour tout le monde et l’accès à un espace de coworking sans un chiffre d’affaire conséquent est un risque. Tout ceci conduit à une précarité professionnelle et à un isolement qui produit encore des dégâts sur la santé mentale de ces communautés.

“Je subis souvent des mégenrages. Le sexisme est récurent avec une bonne partie des collègues.” (Femme trans, 33 ans, développement web)


Le COVID19 et les nouvelles formes d’employabilité

En 2016, la France comptait 830 000 freelance, soit une augmentation de 126 % en dix ans. Cette nouvelle année et l’arrivée du COVID19 a accéléré la mise en place de télétravail et a développé certains métiers indépendants. Si on peut se réjouir du respect des mesures de sécurité, ces mesures ont aussi pour conséquence un isolement encore plus grand des personnes LGBTQI+ indépendantes qui travaillent seules chez elles.

Forts de ce contexte nantais, une rencontre entre indépendants issus du milieu associatif nantais a donné lieu à ce projet : le lancement d’une structure par et pour les communautés LGBTQI+ centrée autour d’un coworking. L’objectif y est double : garantir l’accès à un espace safe pour ces communautés et accompagner les personnes en difficulté vers l’emploi.

Premier objectif : accéder à un espace safe

L’objectif premier de cet espace est pour chacun·e, de pouvoir venir sans craindre le regard, les moqueries, les outings ou pire encore. Un espace safe pour travailler est un pilier indispensable à une santé mentale et sociale correcte. Les confrontations aux clients·es, partenaires, les déplacements, sont autant de lieux de mixité qui justifient l’ouverture d’un lieu de ressourcement et de travail serein entre pairs·es et collègues. À terme, avec une confiance renforcée, chacun·e pourra estimer son envie et ses capacités de se confronter à d’autres types de lieu. L’urgence, pour le moment, c’est de pouvoir sortir de l’isolement.

Deuxième objectif : faire du réseau et profiter de l’entraide communautaire

En plus de pouvoir travailler sereinement, ce lieu permettra aux professionnels·elles de se rencontrer, de construire des projets ensemble et de développer le réseau indispensable à toute vie professionnelle indépendante. Il permettra aussi des temps d’entraide communautaire, mixtes ou non, pour se pencher sur des difficultés professionnelles spécifiques de ces communautés : comment mettre des mots et dépasser les douleurs individuelles ou collectives liées à l’orientation ou à l’identité de genre en contexte professionnel ? Quelles solutions ont pu être trouvées par mes pairs·es que je pourrais appliquer dans ma vie professionnelle ?

Le projet propose aussi de mutualiser des ressources nécessaire pour l’accès et le maintien dans l’emploi : des permanences de médecin du travail, de psychologue du travail, de juriste et de comptable, tous·tes sensibilisés·ées aux problématiques spécifiques des communautés LGBTQI+.


Pour mettre tout cela en place, nous avons besoin de soutiens, de fonds, de locaux. N’hésitez pas à nous contacter par mail ou sur instagram si vous souhaitez soutenir le projet de quelque manière que ce soit !

Merci de votre lecture 🙏🏻

Kevin & Sébastien

📪 coworqueer@gmail.com

📺 instagram : @coworqueer


Sources (par ordre d’apparition)

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